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Jacques Pasquier par Michel Onfray

"jacques Pasquier est un peintre errant qui cherche, soit, mais surtout qui trouve. En plus de trente années de peinture, il a dit de manière plastique un nombre incalculable de choses
les papillons exprimeront l'éternelle difficulté de la lutte contre la matière, le désir de légèreté, la volonté de se faire diaphane, libéré de la pesanteur du monde ; le trait des personnages reliés dira le solipsisme malgré la communauté de destin des hommes " tous voués à la douleur, la souffrance, la mort, et le néant ; les mécaniques raconteront l'étrange destin de ce que sont les corps, ces machines désirantes qui produisent une vitalité, une énergie dont l'oeuvre entière de jacques Pasquier est tentative de captation ; les rouleaux montreront la dialectique du Même et de l'Autre, de la Répétition et de la Différence, en un mot, de l'Eternel retour; le pli informera sur les lignes imaginaires qui structurent les inconscients, les personnalités et les caractères ; le spécimen expliquera les vitalités moléculaires à l'oeuvre dans tout principe informant le réel. A chaque fois, il s'agira de saisir un fragment du monde en ce qu'il exprime la totalité. jacques Pasquier pourrait souscrire au monisme philosophique et affirmer qu'il n'existe, en matière de réalité, qu'une seule énergie diversement modifiée. Le travail de l'artiste consiste alors à montrer l'extrême variété de ces modifications, leurs modes.
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dos de couverture "l'Oeil nomade, La peinture de jacques Pasquier" Editions Folle Avoine 1993


"Rien n'est plus roboratif qu'une peinture qui ose proposer une vision du monde. Certes, en son temps, il fut nécessaire, comme pour une pharmacopée salutaire, d'inventer l'abstraction, voire de l'extraire des formes et des figures classiques. Intempestif, jacques Pasquier évolue par delà ce moment daté: il dépasse, et conserve en même temps, les impératifs de l'abstraction. Sa peinture se moque en effet des deux extrêmes parce qu'elle se situe en un point d'équilibre, à égale distance de la représentation et de l'idée. A l'aide de cette volonté synthétique, jacques Pasquier raconte en couleurs, en taches et en traits ce que d'aucuns cherchent à saisir par les mots. C'est pourquoi, il n'hésite pas à parler de page d'écriture pour signifier telle ou telle toile.
Faut il, par ailleurs, s'étonner qu'en d'autres temps jacques Pasquier ait aimé, puis pratiqué, l'entomologie et la bande dessinée ? De la chasse subtile, il a conservé le goût pour les nervures, les ramures, les transparences et les lignes frêles qui partagent l'espace en plans géométriques, bien que libres. De la bande dessinée, il a gardé la convention de l'écriture horizontale : les lignes se superposent, parfois sans rapport, parfois pour oser d'aventureuses coïncidences génératrices de mouvement.
Dans Vanités, une ligne d'écriture découvre, comme en l'anamorphose d'Holbein, une tête de mort, identique et pourtant différente à chaque fois. Tache apparemment anodine, excroissance échappée d'un Rorschach, ou emblème cynique du néant, le signe se répète dans une constance obsessionnelle, de gauche à droite, à moins que ce ne soit l'inverse, de toute façon dans la totale immanence du registre horizontal.
Ailleurs, Petite ville du nord découvre, comme une énigme, les lignes qui superposent nuages et cheminées, fumées et corons, arbres et promeneurs. De ces paysages mélancoliques émanent, avec délicatesse, les effluves d'un présent qui ne cesserait de se répéter. Figure de l'éternel retour de l'identique.
Pour dire le monde qu'il voit, jacques Pasquier invente des rouleaux, des techniques, et convoque l'artisan en lui pour maîtriser une mousse contrainte en cylindre qui, sur la toile, dira le motif dans sa permanence et son identité. D'abord, les instruments reproduisaient des signes à mi chemin de

la calligraphie orientale et des lignes furtives qui permettent de reconnaître une forme. Puis, au fil des peintures, ils ont dit des corps, des visages, des dynamiques. Les toiles se succédaient, on assistait à la métamorphose : les particules élémentaires, les cartes d'identité génétiques et autres géographies de rêve s'effaçaient pour laisser place aux chairs juxtaposées, imbriquées, parfois morcelées grâce à la technique qui produisait des décalages aux conséquences heureuses. Mais, des poussières d'espace au portrait constellé de taches lumineuses, il semblait que la peinture avouait une étrange parenté avec le clonage et ses mystères: décupler et, comme un démiurge ironique et espiègle, déplier sur la toile en autant de lignes que nécessaire un motif qui sort de la toile, à moins que, là encore, il ne se prépare à y entrer. En dehors de la peinture, il y a encore la peinture, la même qui pourrait se perdre à l'infini, mais qu'un cadre contient comme pour mieux constituer une fenêtre qui découvrirait une vision du monde.
Chacun se souviendra de la toile de Gauguin qui porte en exergue une interrogation sur nos origines, nos destinées et notre actualité. jacques Pasquier a choisi de donner à l'exposition le titre que portent deux de ses toiles : Que sommes nous ? Il semble que, soumis à l'éternelle répétition de l'identique, nous soyons inscrits comme des fragments dans une immense toile dont jacques Pasquier saurait tailler quelques morceaux avec bonheur. On attendrait en vain une réponse à cette question si l'on ne savait se contenter des oeuvres offertes au regard, après choix et tri minutieux. Comme pour mieux intégrer ses peintures dans la dynamique dont elles proviennent, jacques Pasquier se contente souvent de donner pour titre à ses toiles les formulations laconiques du mois, de l'année, suivies d'un chiffre: mathématique lapidaire qui dit en une étonnante économie combien toute création n'existe que comme arrachée au temps dont elle procède."

Dans "jacques Pasquier Théâtre d'Hérouville " Catalogue de l'exposition mars-avril 1990

 

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